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Le pierrier – Yannick Conus

Couché dans le pierrier
J’observe le monde
Le bouquetin guerrier
M’offre sa ronde

L’Homme de demain
N’aura plus de choix
Le genre humain
Perdra sa voix

Debout sur le pierrier
J’écoute le monde
Le chamois haut perché
M’offre sa ronde

L’Homme d’hier
Avait le choix
Le genre humain
N’écoute la voix

Allongé sous le pierrier
Je cherche le monde
Le loup retrouvé
Hurle à la ronde

L’Homme est bien loin
Question de choix
Disparus les humains
Triste voix

Devenu le pierrier
Mémoire du monde
La faune décuplée
Danse sa ronde

Yannick m’a dédié ce poème paru dans son recueil “Manger l’écharpe”.
Un cadeau qui m’a beaucoup touché.

Bölletünne

Résoudre le mot croisé dans mon journal préféré est un plaisir quotidien. C’est bon pour la tête et parfois je fait de belles découvertes. L’autre jour elle était culinaire.

Spécialité culinaire du nord-est de la Suisse en 10 lettres. Je n’avais pas trouvé, il me manquait 2 lettres. Un peu vexé et curieux, j’ai fait une recherche. C’est une tarte aux oignions et lardons parfumée au cumin et noix de muscade. Avec la crème et les œufs c’est costaud comme un Schaffhousois, idéal pour un soir de novembre frisquet.

J’ai également appris qu’à Schaffhouse l’oignon s’appelle Bölle et la tarte Tünne.

Si ce plat vous tente, voici la recette: https://www.bourse-des-voyages.com/suisse/guide-culture-recettes-la-bolletunne.php

Recette de gris

Prenez du bleu

Ajoutez une pointe de jaune

Et une autre de rouge

Mélangez

Allégez avec du transparent

ou du blanc

Nuez selon votre bon plaisir

Le gris est un concentré de couleurs

Aux nuances infinies

Celles de l’automne ou de l’hiver

Ont en mémoire les tonalités vives des quatre saisons.

 

Karl Inglin, Hommage à Gustave Roud, Janvier, huile sur toile 100 x 100 cm (p.p. Villars-sur-Glâne)

Rafraîchissement estival

Paysage d’hiver peint pendant les canicules estivales en guise de rafraîchissement.

Karl Inglin, Paysage, huile sur toile, 100 x 100 cm (disponible)

Rencontre avec un pèlerin

Ce matin belle rencontre et échange nourrissant avec Werner, un citoyen de Stuttgart sur le chemin de Compostelle. Il était visiblement accroché par le tableau en vitrine. Pas étonnant de la part d’un marcheur au long cours.

Nous avons longuement parlé de la marche à pied et de ses expériences de pèlerin. Il m’a expliqué que le pèlerinage était très différent d’une balade ordinaire du fait de devoir respecter un itinéraire donné et un horaire permettant boucler l’étape du jour, bref, d’aller vers un but. Exercice qui exclu évidemment les libertés que s’offre le marcheur errant. Échange aussi sur les interrogations qu’un tel voyage suscite immanquablement et du lien entre l’homme et la nature, lien que la marche favorise et renforce.

Werner n’effectue pas ce long trajet d’une traite mais en plusieurs étapes annuelles. Il est en effet difficile à l’homme contemporain de se libérer pour une aussi longue période. Cette année il désire rejoindre Lausanne et peut-être même Genève.

Son interprétation de mon tableau correspond d’une manière étonnante à ce que j’ai voulu exprimer. Cela fait plaisir et me réconforte dans ce que je cherche à raconter et partager.

Merci Werner pour ces moments partagés et bonne route !

Karl Inglin, Paysage, huile sur toile, 100 x 100 cm, p.p. Tafers

 

Adieu Martin

C’était une journée pluvieuse et brumeuse. Venant des Recardets je m’apprêtait à rejoindre le Breccaschlund par le Col du Chamois. Soudain j’avais vu un visage se détacher du brouillard épais. Un visage émacié entouré d’une chevelure et barbe blanches. C’était comme une apparition d’un personnage de conte. J’avais croisé l’homme un plus bas sur le sentier étroit. Salut, salut, c’est tout.

Je l’avais revu une deuxième fois, toujours au Breccaschlund, du côté de Combi. Assis sur la crête je l’ai vu gravir la pente raide. Il avait le pas régulier et efficace des vrais montagnards.

Tous les samedis, Martin venait au marché pour donner un coup de main à un ami. Il déposait son vélo à la rue des Epouses, en face de mon atelier. C’est à cette occasion que j’ai fait sa connaissance. Après le marché il se rendait au Belvédère. Cette terrasse haut perchée sur la falaise, un peu comme un nid d’aigle, devait particulièrement convenir au montagnard qu’il était.

C’est en revenant chercher son vélo pour rentrer chez lui ou aller faire de la grimpe à la Tour de Morat, que nous parlions un moment. Martin n’était pas un bavard. Il allait à l’essentiel, la montagne. Le reste n’avait pas d’importance. Je savais juste qu’il était Haut-Valaisan. Parfois il me parlait de son Binntal natal. Avec le temps ces rencontres étaient devenus un rituel, et il s’était tissé entre nous une sorte de lien fraternel. Le lien entre deux hommes qui aiment pratiquer la montagne en solitaire, chacun à sa manière, lui pour les sommets et moi pour les fleurs.

Cela fait un mois que Martin a disparu. On aurait retrouvé son vélo au Lac Noir. C’est tout ce que l’on sait. Pour moi il est retourné dans le brouillard de la montagne, ce brouillard d’où je l’ai vu surgir la première fois.

Adieu Martin, ton sourire et tes yeux pétillants qui m’annonçaient le prochain sommet vont me manquer.

Adieu Martin, je t’aimais bien, tu sais.

PS : La Dent de Folliéran était le dernier sommet que Martin m’avait annoncé. Je l’ai revu le samedi suivant sans pouvoir lui parler. J’ai fait cette photo fin juillet à Porcheresse en pensant à lui.

 

A l’écoute des chamois

En situation de danger, le chamois émet une sorte d’aboiement, un son rauque pas très sonore. En observant un groupe de chamois, je me demande souvent comment ils communiquent entre eux. Un jour j’ai vu une chèvre émettre un son. Je n’avais rien entendu, mais tous les jeunes de la «garderie» se sont immédiatement réunis autour d’elle, comme si il s’agissait d’un ordre impératif. Par contre, une chèvre qui refuse la tétée à son petit, tournera sur elle même pour l’en empêcher. Au bout de trois ou quatre rotations, le petit comprend le message. Il semble donc, que les chamois ont un langage sonore ou gestuel pour communiquer. A noter que les chamois ont l’ouïe nettement plus développée que les humains. Ils ne sont donc pas obligés de “parler” fort pour se comprendre. En les observant à distance, ce qui est presque toujours le cas, il nous est pratiquement impossible d’entendre d’éventuels messages sonores.

A l’appel de la chèvre…

…les petits obéissent.