Auteur de l'archive

Rafraîchissement estival

Paysage d’hiver peint pendant les canicules estivales en guise de rafraîchissement.

Karl Inglin, Paysage, huile sur toile, 100 x 100 cm (disponible)

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Rencontre avec un pèlerin

Ce matin belle rencontre et échange nourrissant avec Werner, un citoyen de Stuttgart sur le chemin de Compostelle. Il était visiblement accroché par le tableau en vitrine. Pas étonnant de la part d’un marcheur au long cours.

Nous avons longuement parlé de la marche à pied et de ses expériences de pèlerin. Il m’a expliqué que le pèlerinage était très différent d’une balade ordinaire du fait de devoir respecter un itinéraire donné et un horaire permettant boucler l’étape du jour, bref, d’aller vers un but. Exercice qui exclu évidemment les libertés que s’offre le marcheur errant. Échange aussi sur les interrogations qu’un tel voyage suscite immanquablement et du lien entre l’homme et la nature, lien que la marche favorise et renforce.

Werner n’effectue pas ce long trajet d’une traite mais en plusieurs étapes annuelles. Il est en effet difficile à l’homme contemporain de se libérer pour une aussi longue période. Cette année il désire rejoindre Lausanne et peut-être même Genève.

Son interprétation de mon tableau correspond d’une manière étonnante à ce que j’ai voulu exprimer. Cela fait plaisir et me réconforte dans ce que je cherche à raconter et partager.

Merci Werner pour ces moments partagés et bonne route !

Karl Inglin, Paysage, huile sur toile, 100 x 100 cm, p.p. Tafers

 


Adieu Martin

C’était une journée pluvieuse et brumeuse. Venant des Recardets je m’apprêtait à rejoindre le Breccaschlund par le Col du Chamois. Soudain j’avais vu un visage se détacher du brouillard épais. Un visage émacié entouré d’une chevelure et barbe blanches. C’était comme une apparition d’un personnage de conte. J’avais croisé l’homme un plus bas sur le sentier étroit. Salut, salut, c’est tout.

Je l’avais revu une deuxième fois, toujours au Breccaschlund, du côté de Combi. Assis sur la crête je l’ai vu gravir la pente raide. Il avait le pas régulier et efficace des vrais montagnards.

Tous les samedis, Martin venait au marché pour donner un coup de main à un ami. Il déposait son vélo à la rue des Epouses, en face de mon atelier. C’est à cette occasion que j’ai fait sa connaissance. Après le marché il se rendait au Belvédère. Cette terrasse haut perchée sur la falaise, un peu comme un nid d’aigle, devait particulièrement convenir au montagnard qu’il était.

C’est en revenant chercher son vélo pour rentrer chez lui ou aller faire de la grimpe à la Tour de Morat, que nous parlions un moment. Martin n’était pas un bavard. Il allait à l’essentiel, la montagne. Le reste n’avait pas d’importance. Je savais juste qu’il était Haut-Valaisan. Parfois il me parlait de son Binntal natal. Avec le temps ces rencontres étaient devenus un rituel, et il s’était tissé entre nous une sorte de lien fraternel. Le lien entre deux hommes qui aiment pratiquer la montagne en solitaire, chacun à sa manière, lui pour les sommets et moi pour les fleurs.

Cela fait un mois que Martin a disparu. On aurait retrouvé son vélo au Lac Noir. C’est tout ce que l’on sait. Pour moi il est retourné dans le brouillard de la montagne, ce brouillard d’où je l’ai vu surgir la première fois.

Adieu Martin, ton sourire et tes yeux pétillants qui m’annonçaient le prochain sommet vont me manquer.

Adieu Martin, je t’aimais bien, tu sais.

PS : La Dent de Folliéran était le dernier sommet que Martin m’avait annoncé. Je l’ai revu le samedi suivant sans pouvoir lui parler. J’ai fait cette photo fin juillet à Porcheresse en pensant à lui.

 


A l’écoute des chamois

En situation de danger, le chamois émet une sorte d’aboiement, un son rauque pas très sonore. En observant un groupe de chamois, je me demande souvent comment ils communiquent entre eux. Un jour j’ai vu une chèvre émettre un son. Je n’avais rien entendu, mais tous les jeunes de la «garderie» se sont immédiatement réunis autour d’elle, comme si il s’agissait d’un ordre impératif. Par contre, une chèvre qui refuse la tétée à son petit, tournera sur elle même pour l’en empêcher. Au bout de trois ou quatre rotations, le petit comprend le message. Il semble donc, que les chamois ont un langage sonore ou gestuel pour communiquer. A noter que les chamois ont l’ouïe nettement plus développée que les humains. Ils ne sont donc pas obligés de “parler” fort pour se comprendre. En les observant à distance, ce qui est presque toujours le cas, il nous est pratiquement impossible d’entendre d’éventuels messages sonores.

A l’appel de la chèvre…

…les petits obéissent.


Transfigurations d’un paysage

Vanil d’Arpille, Gros Brun, Combiflue, Chörblispitz, Kaiseregg, Schafberg depuis le vallon de Porcheresse au pied du Vanil Noir à 18:43, 05:30 et 07:31


Juste une saxifrage pour la route

Des chamois se prélassent à l’ombre de la falaise abrupte. Les petits s’amusent sur un névé. Poursuites, sauts, cabrioles acrobatiques. Se muscler en jouant. Parfois la chute d’une pierre crée un mouvement de fuite et dérange l’idylle pour quelques instants.

Le faucon crécerelle tourne ses rondes dans le ciel bleu immaculé. Un rougequeue noir s’offre une pause sur la pointe d’un sapelot biscornu.

Soudain le corps svelte d’une hermine. Impossible de suivre sa course effrénée en zigzag. Elle disparait pour réapparaitre où l’on se s’y attend pas. Petit jeu de devinette.

Le bois gentil en fleur dégage son parfum obsédant. Au loin le chant du coucou, parfois le sifflement aigu d’une marmotte. Sinon le silence.

Une longue après-midi à ne rien faire. Juste la joie de voir vivre le Grand Pierrier, mon reg à moi. En partant, une saxifrage musquée pour la route.

Le Grand Pierrier, 23 juin 2019


La vengeance de la grenouille

Le soleil venait de se coucher, spectacle son et lumière. Au loin un cor des Alpes avait joué le Ranz des vaches pour accompagner la disparition de l’astre. Dernier carré de chocolat, dernière clope et dernières gorgées de vin rouge. Les yeux fermés, je repassais les images marquantes de la journée. Le rut des crapauds dans la gouille, la découverte d’une magnifique saxifrage en pleine floraison et la course poursuite des deux chamois dans le pierrier.

Quelque chose me tombe sur la tête. J’ouvre les yeux. Une petite grenouille se trouve sur mon coussin improvisé. Une petite tape sous le coussin pour faire fuir la visiteuse indésirée.

Quelques instants plus tard rebelote. Le même batracien au même endroit. Cette fois la tape est plus forte. C’était peut-être une princesse ensorcelée. Trop tard, je m’endort.

Durant la nuit, la grenouille courroucée se rend chez Ondine la nymphe pour se plaindre de mes manières inhospitalières en lui demandant de me punir.

La vengeance me tombe dessus à l’aube. Une averse nourrie me réveille. J’improvise une protection. Heureusement que cela ne dure pas trop. Le sac de couchage a tenu le coup et grâce au vent, tout sèche avant la venue du soleil.

Petsernetse 17 et 18 juin 2019

Le coucher du soleil

La partouze des crapauds en rut

La Saxifrage à feuilles opposées

La détente athlétique du chamois en fuite

Le ciel après l’averse