Balades

La révolte des chaussures de marche

Au bout de 44 jours d’inactivité, mes souliers de marche ont commencé a protester et se lamenter. Petits cris à peine audibles au début, puis crescendo. Grincements de cuir, battements de lacets, couinements de semelles. Un boucan du diable. Cette nuit j’ai à peine fermé l’œil et dû remettre à l’après-midi la balade initialement prévue dès l’aube. J’ai bien voulu les calmer en les massant avec la graisse qu’elles aiment tant. Rien à cirer. J’ai eu la paix au moment de les chausser.

On a fait une belle balade.

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Au petit matin

Au petit matin, en allant rendre visite aux Edelweiss, j’ai fait de belles rencontres. A commencer par les nombreux Rougequeues noirs, les petits princes du pierrier. Une Marmotte montait la garde, alors qu’au loin un Faucon crécerelle effectuait le vol du Saint-Esprit avant de plonger sur une proie. Un Traquet motteux semblait méditer sur son caillou et les baies du Sureau à grappes brillaient au soleil. Un joyeux trio de Venturons montagnards faisait halte sur un sapelot, de nombreux Papillons et Zigènes virevoltaient à la recherche de nectar et au bas d’un rocher une Araignée attendait patiemment sa proie. Bref, je me suis arrêté tellement souvent pour regarder que j’ai failli oublier les Edelweiss.
Je n’ai par contre pas revu la discrète Bartavelle. Inutile de la chercher. Je sais qu’une éventuelle rencontre sera le fruit du hasard. Et c’est très bien ainsi.

Le Grand Pierrier, Préalpes fribourgeoises.


La Perdrix bartavelle

La Perdrix bartavelle est un oiseau alpin plutôt rare et surtout très discret. Elle figure sur la liste rouge des espèces menacées.

Il y a 4 ans, j’avais vu ou cru voir pour la première fois une Perdrix bartavelle et sa nichée. Un ami ornithologue avait trouvé une plume de cet oiseau dans la zone de mon observation. Preuve formelle de sa présence.

Depuis, la Bartavelle ne cesse de me narguer. Je l’ai souvent entendu à l’aube ou aperçu. Visions toujours fugaces. Un matin j’ai vu trois oisillons sur un caillou juste devant moi. Le temps de réaliser, ils avaient disparu. Ainsi de suite…

Hier je l’ai enfin vue pour de bon avec deux poussins en prime.

Maintenant que j’ai la certitude de sa présence dans le Grand Pierrier, cet endroit m’est encore plus cher.

Le Grand Pierrier, Préalpes fribourgeoises


Singine vespérale

Le dimanche soir est propice à la balade. Lumières chatoyantes, sérénité et silence.


Chamoiseries

C’est le soir. Les randonneurs ont regagné la plaine. Les animaux sauvages s’approchent pour occuper des espaces qu’ils évitent la journée.

Au soleil du soir des jeunes chamois s’amusent dans la neige. Provocations, courses poursuites, cabrioles et parfois une tétée chez maman. A la fin une mère appelle et tout le monde obéit.

Préalpes fribourgeoises


Félésimaz Devant

Selon la légende, c’est la fée Félésimaz qui aurait donné son nom à cet alpage du Petit Mont. La fée habite la mythique forêt du Lapé, unique forêt d’aroles au nord des Alpes.

En juillet 2016 j’ai passé une nuit sur la crête qui sépare les alpages de Félésimaz Devant et du Pralet. Je m’étais dit qu’il serait merveilleux de pouvoir disposer de ce chalet pour explorer le Petit Mont et sa forêt.

La fée Félésimaz m’avait entendu. Une année plus tard, comme par enchantement, on m’a offert l’hospitalité du chalet pour quelques jours.

Mais la forêt du Lapé est hantée par d’autres esprits: les Bonnets rouges. Peu de temps après mon passage, ces êtres malfaisants ont bouté le feu au chalet. C’est du moins ce que retiendra la légende.

Au dernières nouvelles Félésimaz Devant sera reconstruit. Dans sa forme carrée originelle et plus beau qu’avant, comme le dit la chanson.


Le couvre-feu

Au Moyen-Age une cloche signalait le couvre-feu à la tombée de la nuit pour indiquer qu’il était temps de recouvrir les feux d’un couvercle de fonte pour éviter tout incendie. Sage précaution.

A Fribourg cette tradition subsiste. Tous les soirs à 22.15h, la cloche de sainte Barbe de la Cathédrale Saint-Nicolas (1367, 2’106kg) sonne le couvre-feu.

Je me suis souvent demandé pourquoi elle sonnait à cette heure précise. J’ai posé la question à l’ecclésiastique et à l’historien sans obtenir de réponse.

C’est en passant des nuits à la montagne, que j’ai peut-être trouvé une réponse plausible. J’ai remarqué que les cloches des troupeaux commençaient a se taire à partir de cette heure, toujours vers 22.15h. Pas d’un coup évidemment, mais progressivement. Ce n’est pas tout. Les chamois et les bouquetins désertent également les prairies à partir de cette heure pour regagner les hauteurs et le coucou noctambule cesse sont chant obsédant.

Proches des cycles immuables de la nature, nos ancêtres ont ainsi fixé le début de la nuit à cette heure précise, l’heure où les animaux diurnes cessent leur activité pour se reposer. Activité qu’ils reprennent dès les premières lueurs du jour. A l’aube, avant le lever du soleil.

(Illustrations: les heures bleues, tombée de la nuit et aube au Fochsen)